Novecento
23 avril 2008 15:59

Novecento: pianiste, d'Alessandro Baricco.
Le premier récit que j'ai lu de Baricco fût Soie, qui m'a atrocement déçue. Bien que la narration était magnifique, je n'ai retrouvé rien d'exaltant dans le récit. La lecture était facile et simple parce que l'écriture est un art qu'il manie à la perfection... mais rien de plus.
J'ai donc entamé Novecento avec un peu de réticence... ces doutes se sont vite estompés dès les premières pages. Humour, passion, intensité, profondeur... tout était là. J'ai dévoré ce récit et les dernières pages m'ont fait frissonner. Tout un long texte qui décrit la vision de Novecento, trente-deux-ans, qui n'a jamais mis pied à terre, né sur un bateau de croisière.
Je n'ai pu m'empêcher de reproduire ce texte, que je trouve magnifique.
Fermez les yeux et entendez les sons de la mer avant de vous imprégner de ces mots.
J'ai donc entamé Novecento avec un peu de réticence... ces doutes se sont vite estompés dès les premières pages. Humour, passion, intensité, profondeur... tout était là. J'ai dévoré ce récit et les dernières pages m'ont fait frissonner. Tout un long texte qui décrit la vision de Novecento, trente-deux-ans, qui n'a jamais mis pied à terre, né sur un bateau de croisière.
Je n'ai pu m'empêcher de reproduire ce texte, que je trouve magnifique.
Fermez les yeux et entendez les sons de la mer avant de vous imprégner de ces mots.
"Toute cette ville... on n'en voyait pas la fin.../
Hep, la fin, s'il vous plait, on voudrait voir la fin!/
Et ce bruit.../
Sur cette maudite passerelle... c'était très beau tout ça... et moi j'était grand, avec ce manteau, j'avais une sacrée allure, et bien sûr, j'allais descendre, c'était garanti, pas de problème/
Avec mon chapeau bleu/
Première marche, deuxième marche, troisième marche/
Première marche, deuxième marche, troisième marche/
Première marche, deuxième/
Ce n'est pas ce que j'ai vu qui m'a arrêté/
C'est ce que je n'ai pas vu /
Tu peux comprendre ça, mon frère? C'est ce que je n'ai pas vu... je l'ai cherché, mais ça n'y était pas, dans toute cette ville immense, il y avait tout sauf/
Il y avait tout/
Mais de fin, il n'y en avait pas. Ce que je n'ai pas vu, c'est où ça se finissait, tout ça. La fin du monde/
Imagine, maintenant: un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Toi, tu sais qu'il y en a quatre-vingt-huit, là-dessus personne peut te rouler. Elles sont pas infinies, elles. Mais toi, tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie. Elles, elles sont quatre-vingt-huit. Toi, tu es infini. Voilà ce qui me plait. Ça c'est quelque chose qu'on peut vivre. Mais si tu/
Mais si je monte sur cette passerelle, et que devant moi/
Mais si je monte sur cette passerelle et que devant moi se déroule un clavier de millions de touches, des millions, des millions et des milliards/
Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie qu'elles ne finissent jamais et ce clavier-là, il est infini/
Et si ce clavier est infini alors/
Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret: ce piano-là, c'est Dieu qui y joue/
Nom d'un chien, mais tu les as seulement vues, ces rues?
Rien qu'en rues, il y en avait des milliers, comment vous faites là-bas pour en choisir une/
Pour choisir une femme/
Une maison, une terre qui soit la vôtre, un paysage à regarder, une manière de mourir/
Tout ce monde, là/
Ce monde collé à toi, et tu ne sais même pas où il finit/
Jusqu'où il y en a/
Vous n'avais jamais peur, vous, d'exploser rien que d'y penser, à toute cette énormité, rien que d'y penser? D'y vivre.../
Moi, j'y suis né, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes à la fois. Et des désirs, il y en avait aussi, mais pas plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe. Tu jouais ton bonheur, sur un clavier qui n'était pas infini.
C'est ça que j'ai appris, moi. La terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer.
Pardonnez-moi, mais je ne descendrai pas. Laissez-moi revenir en arrière.
S'il vous plait."
Hep, la fin, s'il vous plait, on voudrait voir la fin!/
Et ce bruit.../
Sur cette maudite passerelle... c'était très beau tout ça... et moi j'était grand, avec ce manteau, j'avais une sacrée allure, et bien sûr, j'allais descendre, c'était garanti, pas de problème/
Avec mon chapeau bleu/
Première marche, deuxième marche, troisième marche/
Première marche, deuxième marche, troisième marche/
Première marche, deuxième/
Ce n'est pas ce que j'ai vu qui m'a arrêté/
C'est ce que je n'ai pas vu /
Tu peux comprendre ça, mon frère? C'est ce que je n'ai pas vu... je l'ai cherché, mais ça n'y était pas, dans toute cette ville immense, il y avait tout sauf/
Il y avait tout/
Mais de fin, il n'y en avait pas. Ce que je n'ai pas vu, c'est où ça se finissait, tout ça. La fin du monde/
Imagine, maintenant: un piano. Les touches ont un début. Et les touches ont une fin. Toi, tu sais qu'il y en a quatre-vingt-huit, là-dessus personne peut te rouler. Elles sont pas infinies, elles. Mais toi, tu es infini, et sur ces touches, la musique que tu peux jouer elle est infinie. Elles, elles sont quatre-vingt-huit. Toi, tu es infini. Voilà ce qui me plait. Ça c'est quelque chose qu'on peut vivre. Mais si tu/
Mais si je monte sur cette passerelle, et que devant moi/
Mais si je monte sur cette passerelle et que devant moi se déroule un clavier de millions de touches, des millions, des millions et des milliards/
Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie qu'elles ne finissent jamais et ce clavier-là, il est infini/
Et si ce clavier est infini alors/
Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret: ce piano-là, c'est Dieu qui y joue/
Nom d'un chien, mais tu les as seulement vues, ces rues?
Rien qu'en rues, il y en avait des milliers, comment vous faites là-bas pour en choisir une/
Pour choisir une femme/
Une maison, une terre qui soit la vôtre, un paysage à regarder, une manière de mourir/
Tout ce monde, là/
Ce monde collé à toi, et tu ne sais même pas où il finit/
Jusqu'où il y en a/
Vous n'avais jamais peur, vous, d'exploser rien que d'y penser, à toute cette énormité, rien que d'y penser? D'y vivre.../
Moi, j'y suis né, sur ce bateau. Et le monde y passait, mais par deux mille personnes à la fois. Et des désirs, il y en avait aussi, mais pas plus que ce qui pouvait tenir entre la proue et la poupe. Tu jouais ton bonheur, sur un clavier qui n'était pas infini.
C'est ça que j'ai appris, moi. La terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage. Une femme trop belle. Un parfum trop fort. Une musique que je ne sais pas jouer.
Pardonnez-moi, mais je ne descendrai pas. Laissez-moi revenir en arrière.
S'il vous plait."

2 commentaires à cet article.
Merci pour la découverte de ce très beau texte! Quelle musique des phrases, un texte qui respire. Et puis c'est si vrai que ce sont les limites qui donnent sens à notre petite vie. En tant qu'enseignante, je croise tant d'enfants angoissés parce que des adultes ne les leur ont pas offertes. Mais il est vrai que ce n'est pas gratifiant de dire non, il y faut jour après jour tant de courage et d'amour! Quand un élève se plaint de sa mère chiante je lui explique toujours qu'il a beaucoup de chance et une maman assez aimante pour affronter ses reproches ou ses bouderies. J'ai en tout cas envie de découvrir cet auteur aux prochaines vacances.
Je te le recommande amplement, je crois que tu aimerais beaucoup les textes de cet auteur. :)
Tes commentaires sont très plaisants, merci. :)